Le 28 novembre 2006
Billet d’humeur au sujet de VW Forest
Cette décision inacceptable de « fermeture » déguisée de VW Forest n’est qu’une nouvelle illustration du cynisme des grands groupes industriels : Les ouvriers de VW ont fait toutes les concessions et efforts demandés par les patrons pour améliorer la qualité de la production et la productivité de leur usine, jusqu’à en faire le site le plus « compétitif » de la firme.
Les pouvoirs publics ont soutenu le développement de l’usine : baisse des charges sociales, financement de l’automotive park (qui devait recevoir les sous-traitants, pour faciliter le montage des voitures). Et la direction décide de licencier 4.000 des 5.500 travailleurs de l’usine, avec une prime de départ. Les travailleurs pensent qu’elle laissera « tourner » l’usine avec 1.500 personnes, sans doute le temps nécessaire pour convaincre ses actionnaires que cette usine n’est plus rentable, et de fermer définitivement le site, en n’accordant une prime de fermeture (plus coûteuse que la prime de départ) qu’à ces seuls travailleurs. Je crains qu’ils n’aient raison.
Dans ce dossier, on oublie trop souvent que des PME sous-traitantes vont également devoir licencier (2 travailleurs chez les sous-traitants pour 1 travailleur chez VW). Coût social de cette décision de la direction de VW : environ 12.000 pertes d’emploi ! Quand les pouvoirs publics se décideront-ils à conditionner toute mesure d’aide aux entreprises à une obligation de maintenir l’emploi sur les sites aidés, au moins pour une durée fixée au moment de l’octroi de l’aide ? C’est le seul pouvoir qu’ils ont encore, et ils hésitent à l’utiliser, craignant la « délocalisation » ! La délocalisation, elle est déjà en route grâce à une mondialisation dont le système économique nous vante les mérites, en occultant qu’elle signifie pour nos pays une diminution de nos droits du travail (emploi précaire, salaires réduits) sans garantir automatiquement à ceux qui fournissent le travail à notre place un minimum de droits sociaux. Documentez-vous sur la manière dont sont produits en Chine les textiles que les grandes marques commercialisent chez nous : c’est édifiant !
La lutte des classes n’a peut-être plus la cote, mais il est grand temps de trouver ensemble, sur un plan au moins aussi large que celui où se développe le « capitalisme », une parade à la constitution d’une société complètement dualisée où la plus grande partie des citoyens perdront toute protection sociale au profit d’une caste de super-nantis qui vivra dans un monde hyper protégé (au besoin par des forces de sécurité privées).
On pourrait peut-être commencer chez nous, par une véritable Europe politique et sociale, et par une internationale syndicaliste ? En faisant en sorte que, la prochaine fois, les forces progressistes soient majoritaires au parlement européen…
Agnès De Gouy