Des livres qui aident à réfléchir.
La dernière utopie
(Caroline Fourest)
Ed.
Grasset
Une
analyse remarquablement fouillée et mesurée des enjeux de la diversité
qu’elle soit religieuse, culturelle, ethnique ou autre et des conséquences de
la manière dont elle est abordée dans différents pays.
Schématiquement
le livre aborde deux visions de la gestion de la diversité l’une
anglo-saxonne qui privilégie le droit à la différence, l’autre dans la
ligne de l’État laïque français qui privilégie plutôt le droit à
l’indifférence, soit un traitement égal quelle que soit la communauté. Il démontre
remarquablement comment le droit à la différence aboutit à créer des
injustices et à cloisonner la société, tandis que le droit à l’indifférence
est socialement structurant et réduit les injustices.
Caroline
Fourest analyse les attaques contre la déclaration universelle des droits de
l’homme par les pays les plus dictatoriaux qui, sous le couvert du droit à la
différence, cherchent à légitimer leur théocratie tyrannique ou
l’oppression de leurs propres minorités.
Elle
évoque avec beaucoup de sensibilité et de nuances les diverses manières
d’aborder la diversité, les notions de différence opposée à l’indifférence
et les limites et les dangers des mécanismes de discrimination positive. Elle
explique aussi la manière dont les politiques implantent des mécanismes de
discrimination positive peu efficaces, lorsqu’ils ont été incapables de
luter contre les inégalités sociales.
Au
total il s’agit d’un remarquable plaidoyer très étayé mais plein de bon
sens et de respect pour toutes les différences qu’elles soient ethniques,
religieuses, culturelles ou autres. Elle trace le cadre et les limites dans
lesquelles ces différences ont les meilleures chances de se vivre
harmonieusement. C’est sans surprise l’État laïque s’obligeant à une
stricte neutralité dans l’exercice de son pouvoir et de ses services, mais
respectant toutes les croyances et traditions pour autant qu’elles
s’inscrivent les limites de ses lois et sans interférence entre les religions
et l’État.
Avant
la lecture de ce livre le bon sens m’indiquait la nécessité de laïciser
totalement tous les rouages de l’État pour sauvegarder le « vivre
ensemble ». A présent je suis beaucoup plus conscient du danger de toute
autre approche et plus particulièrement du choix anglo-saxon, certes de très
grand respect des différences, notamment sous la forme des « accommodements
raisonnables ». Cette approche aboutit au cloisonnement de la société,
aux tensions entre communautés et parfois à une primauté des traditions
culturelles ou religieuses sur la loi. En dernière analyse, ce choix aboutit à
une marginalisation ou un rejet des communautés qui revendiquent le plus
fortement leur différence, avec toutes les conséquences sociales et les
risques de violence qui en résultent.
Il est vrai que l’acceptation ou non des signes religieux dans les écoles est un problème très délicat dont on ne mesure pas nécessairement toutes les implications. Si vous hésitez encore entre l’acceptation des signes religieux ou convictionnels et leur interdiction totale, vous trouverez dans ce livre de quoi alimenter votre réflexion. Un ouvrage à mon sens infiniment plus convainquant et mieux étayé que celui de Ramadan dans la critique suit.
Jean-Pierre Wauters
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Une position de consensus louable, sauf que
les vrais problèmes de terrain, tels que ceux vécus par les écoles, s'ils ne sont pas niés, sont largement minimisés ou passés sous silence.
La thèse principale est qu'il y a de grandes améliorations dans la qualité des relations entre musulmans et non musulmans et que les problèmes ne viennent pas de la religion, mais bien du sentiment de rejet, engendré par l'absence d'acceptation de l'islam par la société, particulièrement dans les domaines du travail et de l'habitation. Sans doute la religion musulmane, telle que l'auteur la présente, ne pose-t-elle effectivement aucun problème mais le caractère polymorphe de l'islam permet des interprétations du coran qui sont malheureusement très éloignées de l'image qu'en dresse l'auteur.
Même si l'influence des milieux Salafistes est évoquée, la radicalisation des milieux islamistes est présentée comme résultant presque exclusivement des difficultés sociales. C'est certainement un facteur qui contribue à la radicalisation, mais le rôle socialement détestable de certains imams est par trop sous-évalué. Le problème du voile islamique est simplement nié, sans plus, alors qu'il constitue le symbole qui cristallise toutes les crispations. De même la notion de djihad est réduite à une approche purement philosophique et introspective. La charria n'aurait rien de contraignant et les lois de l'État primeraient dans tous les cas. Je ne suis pas bien sûr que ces positions soient partagées par une majorité de musulmans. Le mot « savants » systématiquement attribué aux théologiens de l'islam, me parait particulièrement abusif et devrait me semble-t-il rester réservé à des sommités scientifiques.
Au total pourtant un livre fort bien écrit, qui manifeste une volonté louable d'ouverture, mais où la seule solution proposée à des problèmes pourtant bien réels est de faire preuve de respect mutuel en attendant que la situation évolue toute seule. Malheureusement, au niveau des écoles en tout cas, les tensions exigent des décisions qui n'ont que trop tardé.
Une analyse rigoureuse de l'état du monde et des pistes de solutions
Si vous vous intéressez aux problèmes des générations futures et que vous ne pouvez lire qu'un livre cette année, c'est celui-ci !
Après un panorama de l'état de notre terre, très rigoureusement documenté et référencé, notamment sur base des travaux du GIEC, Hervé Kempf reprend les théories de l'économiste un peu oublié, Thorstein Veblen, dont les travaux sont redécouverts aujourd'hui avec grand intérêt. Ses concepts de consommation ostentatoire et de l'effet Veblen qui en découle, expliquent probablement pourquoi nous consommons n'importe comment !
Il reste à mon sens une lacune dans l'analyse de l'auteur, qui se retrouve aussi dans son livre suivant "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme". L'effet Veblen, à l'époque où il fut mis en lumière, était perçu comme un phénomène marginal et plutôt une dérogation curieuse, voire anecdotique, à la loi de l'offre et de la demande. C'est l'industrie publicitaire qui a surfé, d'une manière extraordinairement efficace et scientifique, sur cette faiblesse du comportement humain, pour nous transformer en véritables machines à consommer et à gaspiller. Je regrette que ce rôle de la publicité ne soit pas souligné, comme facteur d'emballement de l'effet Veblen.
Un autre aspect qui me parait passé sous silence et qui est pourtant une préoccupation majeure de nos sociétés, c'est la frustration générée par l'impossibilité pour certains milieux et pour les pays moins favorisés, d'assouvir si peu que ce soit le besoin de consommation ostentatoire, pourtant abondamment encouragée par une publicité d'une efficacité jamais égalée dans l'histoire. Cette situation constitue une véritable bombe sociale, et même une bombe pour l'ensemble de l'humanité. Le comportement des jeunes dans certains quartiers défavorisés de nos grandes villes n'est qu'un pâle avant-gout de ce que cette frustration engendre comme violence potentielle. La guerre menée par la mouvance Al-Quaida et son chapelet d'attentats suicide donne une première idée de ce que cette violence peut devenir lorsqu'elle commence à se structurer.
Jean-Pierre Wauters
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Pour
poursuivre la réflexion
Non, il ne s'agit pas de l'œuvre d'un communiste, mais bien d'un journaliste. Si vous n'êtes pas totalement convaincu par « Comment les riches détruisent la planète », Hervé Kempf approfondit ici son analyse, va plus loin dans ses références et poursuit ses pistes de solutions. Ses conclusions sont sans appel: il faut notamment instaurer un Revenu Maximum Admissible (RMA), non pour le plaisir de réduire les revenus extravagants d'une partie de la population, mais bien parce que la consommation ostentatoire qu'ils induisent, conduit en cascade, l'ensemble de la population à adopter un mode de consommation qui se révèle absolument catastrophique pour l'avenir de l'espèce humaine et plus généralement de la vie sur terre.
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Une
vulgarisation décoiffante !
Rigueur scientifique et militantisme. Sur base de cas
pratiques, Nico Hirtt nous initie à l'utilisation des outils statistiques. Il
nous apprend à déjouer les pièges des interprétations inexactes. Même
si vous avez de bonnes notions de statistiques, vous serez surpris par les
pièges que nous tendent les médias. Vous aurez les armes pour chercher la
vérité scientifique et déjouer les manipulations ! Vous comprendrez comment
confondre ceux qui font dire n'importe quoi aux chiffres.
A lire par tout militant !
Editions aden 14 €
Peut être commandé sur : http://www.rezolibre.com/librairie/detail.php?article=1179
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Un
prix Nobel d'économie, ancien conseiller de Bill Clinton, ancien économiste en
chef et vice-président de la Banque Mondiale qui démontre que les règles du
jeu économique mondial sont souvent fixées en fonction des intérêts des pays
industriels avancés et d'intérêts privés. Voilà qui n'est pas banal !
Editions "Le Livre de Poche" 2002
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Une
analyse historique brillante de la politique hégémonique constante des États
Unis, dans les différentes administrations qui se sont succédées à la Maison
Blanche. Un livre qui permet de se réconcilier avec les États Unis, parce
qu'il montre qu'il y existe une intelligencia critique. Il montre aussi que
cette politique hégémonique (en d'autres temps on aurait écrit impérialiste)
est l'héritage direct des politiques étrangères anglaises ou françaises du
début du 20ième siècle. Noam Chomsky est un linguiste professeur au
Massachusets Institute of Technology (MIT) ... Excusez du peu !
Éditions Fayard 2004